Texte pour l’exposition 10, Bd Jeu de Paume, Montpellier

                            


Une peinture réflexive




L’approche picturale actuelle de Catherine Fayard implique une pensée en action qui se met au service de l’œuvre en devenir. Ses peintures et dessins fonctionnent formellement sur le thème des apparitions, des infiltrations et des imprégnations. Partant de certaines formes définies, elle parvient à en effectuer une transformation lente et sinueuse, entre repentirs assumés et indécisions maîtrisées. Cette émergence d’un magma originel offre une densité à sa réflexion tout en créant les conditions paradoxales de sa pratique. D’où l’idée d’extraction et d’une référence à Roger Caillois dans Pierres : « Peut-être n’est-il pas de plus sûrs modèles de la beauté profonde que les formes émergées des grandes acrimonies. » Il existe quelque chose de l’ordre de l’insaisissable dans l’approche de l’artiste qui s’interroge sur la dimension véritable de sa peinture et nous force à notre tour à nous interroger sur ses déplacements .


Une corrélation semble exister entre sa pratique et la peinture extrême-orientale classique car la puissance de l’idée apparaît rapidement au travers des images. Ce que François Cheng nomme le « Souffle-Esprit » – titre éponyme d’un recueil de textes théoriques chinois sur l’art pictural – semble convenir à merveille pour situer son travail dans une perspective du dépassement. Néanmoins l’idée de beauté seule, ce qu’elle nomme « la belle forme » ne saurait plus la satisfaire aujourd’hui. Le dépassement de ce concept contribue à ancrer son travail dans une perspective contemporaine tout en l’inscrivant dans une réflexion sur la finalité de l’art en train de se faire.


La recherche d’un espace perceptif transparaît dans certains de ses titres comme  « Peinture du regard sur soi », « Dessin du doute de soi », ou « Dessins de la rêverie intérieure » pour n’en citer que quelques uns. Le questionnement qui opère sur l’essence même des choses passe toujours par l’action de peindre. Volutes et tourbillons se répondent au travers du doute qui s’insinue toujours, non pas comme un facteur de découragement mais d’intense volonté de poursuivre. Recherche d’un univers à la fois minéral et végétal donc éminemment mental qui joue avec les transparences et les superpositions et se double d’une intense réflexion sur l’histoire de l’art. Catherine Fayard opte pour des actions plastiques concentriques qui tentent de cerner la profondeur de son monde intérieur. Une démarche exigeante qui pourrait reprendre la fameuse formulation Tung Ch'i (époque de la dynastie  Ts'ing): « Avant de dessiner un bambou, qu’il pousse déjà en votre for intérieur. »




Christian Skimao, 2012

CATHERINE

FAYARD

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